Construit en 1786 par l'architecte Jean-François Chalgrin (à qui l'on doit aussi l'Arc de Triomphe), l'hôtel particulier du 11 quai Voltaire fut d'abord la demeure de Madame Émilie de Choiseul-Beaupré, dame de compagnie de la reine Marie-Antoinette. La Révolution la chassa de Paris en 1791 ; la maison fut saisie, vendue aux enchères, puis acquise en 1809 par un éditeur prospère du nom de Bertrand Vincenti — l'ancêtre direct de l'actuelle propriétaire.
Durant le XIXᵉ siècle, la maison accueillit en pension prolongée plusieurs figures littéraires de passage à Paris : Wagner y séjourna trois semaines en 1860, Baudelaire y prit ses quartiers en 1864, Wilde et Sibelius y firent étape, et l'on dit qu'Apollinaire y écrivit une partie d'Alcools, entre deux fenêtres ouvertes sur la Seine.
La famille Vincenti transforma la maison en hôtel littéraire en 1923, sous la direction d'Henri Vincenti, arrière-grand-père d'Adèle, l'actuelle directrice. L'établissement a conservé sa façade d'origine, classée monument historique en 1956, ses parquets Versailles, ses moulures Louis XVI et son escalier d'honneur en chêne sculpté.
En 2019, après une rénovation discrète de quatre années menée avec les Bâtiments de France, le Voltaire rouvre ses portes. Dix-huit chambres, une bibliothèque de huit mille volumes, un restaurant gastronomique, et l'engagement d'une maison de famille — la même, depuis sept générations.